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(X) J'ai passé le temps (OS)

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MessageSujet: (X) J'ai passé le temps (OS) Lun 10 Nov - 16:56

Des pas se répercutant sur un sol glacé. Mes pieds, nus, écharpés, avancent calmement au travers de la foule. Je connais ce monde, ces gens au regard froid, méprisant. Ils me font rire, avançant eux aussi à contresens. Je me noie parmi ce monde, prenant une immense bouffée d’air vicié.
Les yeux s’évitent. Ils cherchent. Autour de moi, je vois, j’observe. Plus que les estrades, plus que les cris… Huit mille telpës, neuf mille… Ce sont les réactions qui m’amusent. Ces êtres qui passent, indifférents et s’arrêtent soudain, se décidant à acheter une vie, peut-être pour bien peu de temps. Ceux qui décident, d’un coup, que quelqu’un d’aussi inutile qu’un hybride puisse avoir de la valeur.
Je me souviens de ces regards alors qu’ils se posaient sur moi- peut-être un des seuls souvenirs que je conserve de cette histoire. Ce frisson glacé, un mélange de haine et de supplication. « Vont-ils m’acheter aujourd’hui ? Vont-ils me sauver ? » et personne ne remarque ce frisson qui secoue le pitoyable être alors que, tout d’un coup, lui, l’in important, devient le centre d’attention.
Et je compatis. Entièrement, sans la moindre omission, à toute cette foule remuante, dont certains ne sont venus que pour des raisons très obscures- les miennes. Pour voir la souffrance et le désespoir dans les yeux, pour voir l’immondice à l’état brut. Est-ce réellement ça que j’appelle « me changer les idées ? »
Je souris. Le bâtiment, carré, suit un chemin défini entre les différentes estrades où les ventes à l’enchère se font. Des gens interviennent, sortent de l’anonymat. Principale différence avec les autres marchés. L’animalerie, aussi, est de ce genre-là. Au moment où quelqu’un entre, une centaine de pair d’yeux se posent sur lui, l’un des rares clients. L’animalerie était rarement gorgée de monde, et pourtant l’espoir plus important pour chaque visiteur.
Mais qu’en avais-je eu à faire, d’être achetée ?

Je me perds. Parmi cette foule, parmi des cris d’enfants… Comment peut-on penser amener des enfants ici ? Un rejeton, en face de moi, plus jeune que les miens, tend une main en direction d’une cage « je le veux, cui-là maman ! » et la mère de refuser, l’animal parait dangereux.
Il parait dangereux.
Le regard noir, agressif, muselé d’un masque lui étouffant la peau et ses mains, d’immenses griffes accrochées aux barreaux. Il surveille, méchant, les gens osant le défier du regard. Un être superbe, mais étrange. Un bâtard, certainement résultat de nombreux croisements, aux oreilles plus grandes que sa tête, de cette même couleur que ses yeux, et à la queue félidé frappant férocement l’air. Il est bien bâti, ses cheveux tombent en cascade sur ses trop larges épaules et il observe, le corps tendu, plus de crainte dissimulée que d’envies meurtrières.
Et l’on parle de lui. Alors cela m’amuse. J’écoute, distraite, et je le trouve magnifique. Peut-être cela change-t-il un peu trop de ces mêmes visages, résultat de clonages en série ou de reproductions assistées, peut-être cela me rappelle-t-il un peu moi-même. « Il est arrivé il y a peu mais il ne tardera pas à repartir » « oui, ils ne peuvent pas vendre un tel animal » « il a l’air dangereux ».
Je rigole. Décidément, ces gens sont des froussards. S’arrête-t-on ici lorsque l’on désire quelque chose ? Tout à coup, le souvenir de Trixie me fusille. Elle penserait comme moi. Quelle tristesse que l’on se haïsse désormais, nous, si semblables !
Mais elle le tuerait sous les coups… Le tuerais-je sous les coups ?

Sa peau est parsemée de blessures, de cicatrices. Des traces de fouets imprégnées dans la chair depuis des années, des entailles récentes. Je reconnais la marque de la Milice Norienne, en ce qui concerne les dernières.
Mais les esclaves sont si chers ici, et j’ai peu d’argent. Je soupir. Le voler ? Devrais-je à ce point me mettre dans l’embarras ? Pour quelqu’un qui cherchera à s’enfuir, à attaquer ? Il y a là énormément de travail, surtout dans cet entrepôt bondé. Peut-être pas… Mais difficile d’y renoncer.
Nos regards se croisent et je l’entends feuler. Je lui souris, détourne la tête. Non, décidément, il me le faut. Ne serait-ce que pour ce soir, ne serait-ce que pour le tuer ensuite… J’avais envie de passer mes doigts sur son corps, de profiter de ce caractère qui me faisait tant penser aux débuts de mon pauvre novice. Une envie malsaine m’étreignait longuement et elle me coupait le souffle.
Désormais ce but en tête, le reste des choses devint ennuyeux, idiot. Je m’installais contre un mur et observais de loin la vie se faire vendre. Et ça ne m’intéressait plus vraiment.
Les caractères différaient magnifiquement. Certains suppliaient pour ne pas être vendus « ramenez-moi chez mon ancien maître ! ma famille est là-bas ! » et d’autres pleuraient de soulagement. Chez certains, encore, la haine fascinante se trouvait au rendez-vous, renvoyant un regard dédaigneux à celui qui, trop brusquement, attrapa une laisse.
Il y en avait quelques-uns, désespérants, qui adressaient un sourire amical, naïf, à leurs nouveaux possesseurs. « merci de m’avoir acheté, comment puis-je vous appeler ? » je grimaçais devant tant de soumission. J’aurais aimé voir un peu plus de lutte interne !
Mais il faut vraiment de tout pour faire un monde.

Alors que je commençais à m’ennuyer, une scène me fit sortir de mon apathie. Un esclave refusant de se faire vendre avait tenté d’agresser le Lycanthrope l’ayant acheté. Ni une ni deux, il se retrouvait au sol, deux membres sur quatre brisés. Et l’acheteur qui hurlait d’être remboursé !
Qu’allait-on faire du mourant ? Je n’eus pas à attendre pour le savoir. Ici, à Sérès, on est civilisés. On ne dévore pas les hybrides à terre ! Le lycanthrope le laissa trainer, laissant au marchand le soin de l’achever en l’étouffant.
Le rebelle gigota quelques temps au sol avant de rendre l’âme. Le spectacle fut poignant et quelques écœurés s’éloignèrent. D’autres partaient également, craignant que le caractère fût contagieux aux prochaines ventes.
Le cadavre fut emporté par un assistant vers une salle spéciale où, semblait-il, on entreposait les morts. « Il sera pour le Black Roses, celui-là. » Pardon ?

Il y avait cette rumeur persistante chez les esclaves du Black Roses, racontant qu’avec la chair des morts, l’on faisait le repas des vivants. Je n’y avais jamais prêté foi, mais je commençais sérieusement à en douter. Aah Trixie ! Pleine de ressources ! Tu rachètes donc les cadavres du marché pour nourrir un peu mieux tes pensionnaires ?
Mieux vaut cela plutôt qu’ils crèvent de faim, au prix qu’ils te rapportent !

Mais le temps file et la lune, désormais haute dans le ciel, annonce la mi-nuit. Une fenêtre, au centre du plafond, me l’indique. Elle est là pour les Vampires s’égarant, ceux qui s’oublient parmi les cris et les pleurs des autres. Ce frisson qu’ils ont, je l’éprouve. J’ai soudainement froid et le front chaud. Mes yeux luisent, embrumés. Si je les ferme, j’entendrais chaque émotion avec plus de discernement. Je tends la main… Elles m’échappent, disparaissent. J’ai peur de devenir froide, que mon corps se durcisse et mon cœur se referme. J’ai peur de devenir amorphe. C’est pour ça que je suis ici, en pleine frontière entre la vie et la mort, là où les sentiments sont exacerbés par la faim et la faiblesse des autres.
C’est le tour de mon hybride. Ils ne le sortent pas de sa cage, trop étroite pour qu’il ait pu s’y assoir. Le marchand, un Elfe au visage sympathique, sait d’avance qu’il aura bien du mal à le vendre. Il semble mal assuré mais garde son sourire. J’ai envie de rire, la scène est pittoresque ! Mais ne pas le sortir de sa cage confirme les sentiments de la foule, personne ne souhaite acheter un fauve ! D’autres jeunes femmes avec des enfants s’en vont. Reste les célibataires, ceux qui s’intéressent au corps qu’il soit vivant ou mort. Il annonce un prix. Sept cent telpës. Ca n’est pas grand-chose, mais le but est que le prix monte. Personne ne réagit. Le marchand commence à pâlir. « Allez ! Sept cent telpës, ça n’est rien ! » il lit dans mes pensées.
Au bout de dix secondes sans renouveau, le prix baisse. Six cent telpës. Toujours trop cher pour moi, qui vient d’Our World, mais certainement proche de la définition du mot ‘gratuit’ pour la plupart des gens ici. Mais peu sont prêt à prendre le risque de dresser le monstre.
Je l’ai vu sursauter alors que l’attention s’était retournée sur lui. Feulant une nouvelle fois, il avait commencé à s’agiter là où il n’avait pas la place de bouger. Il avait cogné contre les barreaux, avait espéré se dégager. Mais comme il n’intéressait personne, que les gens commençaient même à partir, il respirait mieux désormais. De la sueur sèche coulait le long de son torse nu. J’avais envie de mordre, mes canines me faisaient mal.
Il m’avait remarqué aussi, vaguement, et il ne m’aimait pas. Mais qu’est-ce que cela m’important ? Moi non plus, je ne l’aimais pas. Je le désirais, c’est tout.

Vous avez déjà possédés quelqu’un ? Cette sensation d’une vie qui s’écoule entre vos doigts, comme de l’eau, comme du sang. Pour quelqu’un qui a été si longtemps possédée, c’est délectable de prendre sa revanche !
C’est comme une envie soudaine, comme du sexe. Ça passe malheureusement très vite et l’on se lasse de sa possession. Pour la suite… Il est possible de la tuer ou de la libérer. Cela dépend de mon humeur. Cela dépend du caractère également. Si les règles sur l’affranchissement sont si strictes, il n’est cependant pas rare que je relâche en pleine nature un esclave m’ayant loyalement servi, lui attribuant parfois une petite famille sur laquelle veiller histoire qu’il m’oublie totalement.

Puis je me sens seule alors le manège recommence.
Et le marchand s’inquiète. Il ne peut pas baisser plus que ces cinq cent telpës qu’il clame ! C’est dans les lois de la salle de vente. S’il n’arrive pas à s’en débarrasser, il l’enverra lui aussi au Black Roses et le charmant futur cadavre servira de nourriture à ces pauvres bouches affamées. Les crocs mutilés s’enfonceront dans une bouillie ayant été autrefois de la chair, des mains tremblantes plongeront dans de la peau déchiquetée. Il deviendra une partie d’eux, une partie de la misère. Mais le sait-il, lui ?
Je le vois grelotter.

Et il fait froid effectivement. « Personne une fois… » « Personne deux fois… » Je lève la main. Les cinq cent telpës, je les ai volés à l’individu devant moi. On me regarde et je fais mine d’en avoir rien à faire. Mais je jubile d’être ainsi le centre d’attention. Et voilà que l’acheté comprend, et qu’il se débat à nouveau avec force. Mais ses mains attachées ne pouvaient de toute façon pas dépasser de beaucoup des barreaux fins. Il comprend très bien, il n’est pas bête, me dis-je. Et certainement qu’il parlerait si on le lui demandait, insistante.
L’argent passe de main en main. Soulagé, le marchand me souffle un « merci, on va vous l’apprêter ». Mesures de sécurité obligatoires. Il s’agit de passer l’être sale au jet d’eau, il s’agit de le parfumer un peu et de changer son pantalon souillé. Il s’agit de lui donner une apparence un peu plus appréciable pour qu’il puisse être ramené à la maison. Je ne suis pas pressée, je me demande à quelle maison je vais pouvoir le ramener.

Je le laisse se faire emmener. Je l’entends protester mais les cris outragés ne transparaissent que peu à travers le bâillon ruisselant de transpiration et de salive. Il se débat, mais ils sont trois à le retenir. Alors je m’installe sur une rambarde, proche de l’entrée de la salle, et je regarde le reste. Les gens qui passent devant moi. Un enfant, vendu, pleure alors qu’un vieil imbécile le ramène chez lui. Séparé de sa mère, son sort lui semble plus qu’injuste. Attend, mon chéri, de voir ce qu’il t’arrivera une fois la porte refermée. Ce genre de personne, je les connais bien, et tu ne vivras pas vieux. Pas assez longtemps pour oublier ta mère.
Et le défilé des horreurs continue. Des choses sans nom, que je connais désormais par cœur. Certains, brisés par la douleur, n’ont même plus la force de parler. On ne le leur autorise pas, cependant. Une petite Elfe blonde passe, elle tient par la main un jeune adolescent aux oreilles de Kitsune. Surprise par ce spectacle sage, par le garçon apaisé d’être tombé sur une adorable maîtresse, je reste attentive au moindre signe d’alerte. Eh bien ? Il y aurait-il de la lumière dans ces ténèbres ? Mais je la vois sourire malicieusement et je ris. Je me suis fait avoir !
Il me ne reste plus qu’à attendre. La foule s’en va. Il en vient, aussi, bien sûr. De ces êtres avides qui ont de l’argent à dépenser. Ils ne prennent pas leur temps pour rentrer, se ruant au fond de la salle ! C’est à peine s’ils payent le droit d’entrée ! Encore alertes, ces gens regardent tout, observent tout. Pas un seul être ne leur échappe. Ils jugent, comparent, imaginent. Et si je le prenais, celui-ci, que rendrait-il chez moi ? Serait-ce intéressant ?

Puis ils me ramènent l’achat. Ils sont désormais deux, l’un étant retourné aider le marchand qui peine désormais à vendre la suite de son stock. Heureusement, il n’était pas idiot et l’a vendu presque à la toute fin. Quelques esclaves maladifs essayent encore d’être écoulés mais personne n’en voudra non plus.
Le félidé se débat toujours. De plus près, je remarque qu’il a une queue d’Ocelot, cet animal sauvage. Manquant de dénominatif, je le brûle mentalement du sceau ‘L’Ocelot’. Ça lui va assez bien pour ne pas avoir à lui trouver un nom. Lui faut-il un nom, d’ailleurs, à mon anonyme ? Moi qui tue par coup de tête ne devrais pas réfléchir aussi loin. Mais je joue avec l’idée, elle me plait. Vivra-t-il assez longtemps pour que je lui donne un prénom ?
J’attrape une laisse qu’on me tend et c’est dans ma main maintenant qu’il se débat. La chaîne, solide, chante à chaque geste de sa part. Je saute de ma barrière, le traîne.


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L’air hagard, le visage en sang, je le retrouve dans le cul-de-sac où je l’ai laissé, accroché à une palissade à l’arrière du bâtiment. La laisse a été détachée depuis bien longtemps, mais quelqu’un l’a visiblement rattrapé, plantant dans le bras avec force un pieu le liant à la barrière de bois. Il n’avait pas retiré l’objet enfoncé dans ses muscles, n’en avais pas eu la force. Déshydraté et mourant, après deux jours et une nuit abandonné ainsi aux caprices de ceux qui voulaient profiter de la gratuité de la chose, j’avais placé l’horreur la plus pure au fond de ses yeux. Je les avais illuminés de cette peur maladive, de cette terreur profondément ancrée. Je lui avais montré l’enfer sans même avoir lui parler, juste en le laissant ainsi, abandonné, offert à ceux qui, déjà peu propres sur eux, se rendaient dans cet endroit précis, connus par la Milice pour être propre aux trafics de stupéfiants, à la prostitution.
Et il me fit sourire, alors que, pâle et blessé, il tentait de reculer un peu plus à mon approche. Le garçon souillé jusqu’au-dedans, aux magnifiques yeux noir, je l’attrapais doucement, me penchant sur lui. Ses dents, immenses et pointues- des crocs, des aiguilles, cherchaient à me mordre. Mais d’un geste, je remettais le bâillon sale en place. Et il se débattait alors que, souriant toujours, je me plaçais en lui.
Parce qu’il est amusant de voir à quel point le corps contredit parfois ce que l’on veut.

Ces gestes tant répétés ne prenaient pas de nouvelle couleur avec le damoiseau. Ils ne me subjuguaient pas, me calmaient au mieux. Je m’accrochais au toucher de sa peau alors que la faiblesse l’empêchait tout bonnement de me virer de là. « Regarde-toï, animal à terre… » murmurais-je dans un souffle. « créature inutile et brisée… As-tu seulement la moindre utilité, pour que personne n’ai voulu de toï ? » son bras cloué saignait abondamment. Dans ces yeux trempés, je vis quelque chose ressemblant à de l’abandon. Et dans cette situation, surement qu’il avait bien raison. Ma main agrippée à sa main libre, pour l’empêcher d’émettre le moindre mouvement brusque, s’apposa sur sa gorge sans qu’elle eut le moindre geste pour se sauver. Je pouvais le tuer ici. Et il ne restera qu’un cadavre crade et une fille ayant besoin d’une douche. « Mais peut-être ne t’as-t-on jamais laissé ta chance ? » Je déposais un baiser mouillé sur le bâillon.

Peu loin se trouvait la maison O’Uri, désormais abandonnée. Je l’y ammenait, le soignait. Il avait perdu connaissance, bien évidemment, et cela me facilita la tâche quand il s’agit de bander son bras salopé. Je le laissais sur le lit du maître de maison, celui-là même où l’Incube avait été assassiné. Je l’attachais cependant par un poignet aux barreaux du lit, pour éviter qu’il s’enfuit. Les volets étaient fermés, la foule craignait un fantôme ou bien pensaient qu’Elvira avait récupéré la demeure. Mais l’electricité ne fonctionnait plus, et l’eau chaude était tiède.
Il prit un moment pour reprendre conscience, aussi pus-je vaquer ailleurs. Lorsque je revins, il dormait encore. Je lui apportais un repas que je déposais sur le lit.

J’étais absente à son réveil.
Nouveau tour dans le village et ses environs et quand il me fut possible de revenir, il était bien alerte, et tout autant effrayé.
Feulant à mon approche, mais s’étant jeté sur la nourriture, mangé très peu proprement et renversé la moitié de l’eau, je me retrouvais face à un petit sauvageon.

« Je t’ai dit que je te laisserais ta chance, tu ne me crois pas ? »

Visiblement, non. Mais je ne pensais tout de même pas l’apprivoiser en une nuitée. Je laissais le temps faire son office, revenant fréquemment le nourrir, peignant dans la chambre pour garder un œil sur lui. Je m’ennuyais à mourir.
Mais il était beau à peindre.

A force de lui parler, il feulait moins. A mon approche, il ne tentait plus de s’arracher son poignet enchaîné pour s’échapper. C’était un bon début et j’avais du temps à perdre. Alors je continuais à rester dans la même pièce que lui, lui racontant de temps à autre des choses sans importance pour qu’il n’oublie pas que j’étais là. Lui s’ennuyait bien plus que moi. Coincé sur le lit, il regardait le plafond, tentait de bouger du mieux possible pour éviter les crampes… Il avait déjà plus de manœuvre que dans sa cage ou là où je l’avais auparavant abandonné. Il avait entreprit d’essayer de ronger ses chaînes, mais cela ne servait pas à grand-chose.
La mâchoire était fascinante et nul-doute qu’un coup de crocs pouvait briser un bras. Mais nous parlons de métal, là, et il n’y arrivait quand même pas.

Vint le moment où l’odeur fut insupportable et donc où je dus lui imposer la douche. Soudain content d’être délié, il tenta de s’échapper. Je le ramenais à la réalité, tirant à la fois sur son bras blessé et sur la chaîne, trainant toujours autour de son cou.
Le faire entrer dans l’eau ne fut pas une tâche aisée, certainement craignait-il que je l’y noie. Je dus l’attacher à un tuyau solide de la baignoire pour éviter qu’il en ressorte immédiatement. Coincé dans l’eau, j’en profitais pour l’y rejoindre moi-même.

Plus doucement, y mettant plus d’affection, calmant les tentatives de morsures par des étreintes volontairement affectueuses, je le surpris au point qu’il fallut un moment pour que son corps puisse faire quelque chose. Cependant, la machine remise en marche, il fut stupéfait d’y éprouver du plaisir. Je souriais en voyant ses traits se tordre, très pudiquement, aux sensations éprouvées. Avec la patience d’un professeur, je lui appris qu’on pouvait bien se sentir lorsque quelqu’un profitait de soi.
La chose faite, j’entrepris de le laver, très rapidement. Le shampoing, le gel douche bâclés, je le déliais et le laissais sortir de la baignoire, ce qu’il fit avec une vivacité surprenante.

Dès lors nos rapports devinrent moins mauvais. Je ne l’attachais plus et laissais vagabonder dans la demeure restant clause. Les repas firent une dispute, car il refusa catégoriquement de s’installer à table. Dans la lutte, je le griffais au visage, sur la joue droite. Il en gardera une cicatrice.
Très vite, cela devint ma destination privilégiée. Quand j’avais du temps à perdre, j’allais dans la demeure O’Uri où l’eau devenait de plus en plus froide et où il faisait constamment sombre. L’hiver s’installait et je fis mettre à l’Ocelot des vêtements de l’Incube décédé. Il ne fit nul caprice et je pris cela comme un soulagement. Mieux encore, il se sentait à l’aise dans ces tenues qu’il n’avait pas l’habitude de porter.
Alors que les nuits s’écoulaient, je lui fis remarquer qu’il pourrait tenter de parler.

« Tu n’es pas idiot, je sais que tu en es capable. C’est juste que tu t’y refuses. »

Je me montrais insistante, tirant sur sa manche, tournant autour de lui, répétant en boucle ce même commandement. Je savais avoir raison de lui.
Mais sa réaction me déçue. Ses traits, prenant l’image même de l’affliction, il s’écroula au sol, soudain pâle. Bientôt le visage trempé de larmes et le corps relâché, il se murait toujours dans le pire des silences.
Je me trouvais face à une impasse. Déçue et vexée, je cherchais bien une solution, ayant déjà en tête la raison d’un tel comportement. Des nuits à l’observer et à lui prendre du sang m’avaient fait saisir la personnalité du sujet. Je commençais à le comprendre instinctivement, et je n’avais aucun soucis quant à palier ses réactions. Mais à l’heure actuelle…
Me montrant plus douce, quitte à être plus brutale une fois partie de la demeure, je lui démontrais qu’il pouvait me faire confiance. Redoublant d’insistance, je le poussais à bout et il finit bien par céder, après m’avoir torturé bien longtemps par ses récalcitrances.
« Pitié… Arrêtez ça. »

Peut-être était-ce une réelle avancée. Il suffit d’y mettre un peu plus de patience pour le rendre plus loquace. Il se sentait mal lorsqu’il parlait. Lorsque je fixais ses crocs ou bien ses mains, il les cachait aussitôt. Il ne s’aimait pas lui-même et c’était certainement ce pourquoï je l’aimais. Pour ce regard honteux, pour cette voix fragile et humble.
Je lui avais interdit de sortir, sans aucune véritable raison. Mais le temps passant, je m’étais prise de curiosité sur ses origines. Il m’avait suffi d’interroger les bonnes personnes pour découvrir qu’il venait d’une petite famille, les Thompson. Zackari et Clara, un joli couple. Une demoiselle nerveuse et fragile, frôlant l’hystérie. Un homme bon vivant et aimant les plaisirs de la vie. Ils possédaient une petite fille, Violette, atteinte d’autisme, et un grand garçon aux cheveux blonds dont le prénom m’échappe. Des Vampires.
Sans savoir que j’étais suivi, j’étais partie en direction de la maisonnette. C’était joli et le jardin était immense. Mais la maison, comportant un seul étage et un grenier, semblait maigrichonne. M’installant à leur table, les présentations faites, je lançais la discussion, dans l’idée de les interroger plus tard sur leur ancien esclave. Je notais que seulement deux hybrides étaient présents, la famille n’ayant pas l’air de rouler sur l’or. Ils avaient une attitude fuyante et ne levaient jamais le regard. La solennité de la maison m’emmerdait.
Mais le hurlement de la mère de famille, alors qu’un fusil de chasse émit un cri, me fit sursauter. Rejoignant la dame à l’extérieur, suivie de près par le mari alerté, j’y trouvais l’Ocelot, à terre mais pas blessé.

-Il est revenu ! Je savais qu’il reviendrait pour se venger, pour nous voler ! Scandait la vampiresse et moi de lancer un regard meurtrier envers l’imbécile qui se retrouvait pointé par une arme.

« C’est bon, posez ce fusil, il est avec moi. »
Stupeur général, échec de la mission. L’Ocelot se relève et se planque derrière ma personne. Dame Clara finit par abaisser l’arme, car elle n’a tout de même pas envie de descendre une Vampirette comme elle. « J’étais venu pour savoir d’où il venait, justement… » Ma couverture tombe à terre et je rage intérieurement, bien que souriante extérieurement. Quel idiot… Ne pouvait-il rester dans la masure abandonnée ?
Un coup d’œil risqué derrière m’informe sur le petit être. Sur les idées lui étant passées par la tête lorsque, partant plus tôt que prévu, il m’avait vu me diriger vers son ancienne famille. Ces pensées contraires entendues par son esprit alors qu’il avait cru à une trahison. L’envie d’en savoir un peu plus pour, peut-être, se sauver. Mais pour le coup, il avait surtout manqué de se faire tuer !
« Nous n’apprécions pas ce genre d’actions… » déclara Zackari. Moi non plus, je n’appréciais pas tellement ce bordel. Nous nous réinstallâmes à table, Clara proscrite dans l’encadrement de la porte, son fusil toujours à la main, me défiant du regard.
Peut-être aurais-je dû demander au principal intéressé avant de chercher à mener mon enquête.
« Il n’y a rien à raconter. Nous l’avons trouvé bébé, dans la cabane de jardin. Un autre esclave, adulte, s’y terrait avec lui. Je l’ai descendu avec ce fusil que vous voyez là » un coup d’œil vers sa femme, tenant l’arme serrée contre elle comme s’il s’était agi d’un doudou « tandis que lui… Nous l’avons gardé, élevé. Piètre initiative car dès qu’il fut en âge, cette saloperie a violé notre fils et pillé l’argenterie ! » il se releva de sa place, prêt à frapper. Je le fis se rassoir.
« C’est faux » dit l’hybride. Et le fusil d’émettre un bruit. « Tiens, mais c’est qu’il cause maintenant » murmura Zackari entre ses dents. « Bref, dégagez d’ici, maintenant »
Et attrapant l’hybride par le bras, je le tirais dehors. Nous traçâmes à travers les jardins et une fois en pleine rue, je soupirais bruyamment, ennuyée.

« Je suis désolé. » regard surprit, je tourne la tête vers l’hybride. Ah ? Pas autant que moi. Qu’est-ce qui lui a pris de… « Je croyais… »
-Je sais. Je l’interrompe et d’un geste de la main, lui dit de se taire. J’ai bien compris.
« Mais je n’ai pas… » Je ne l’écoute plus. Nous avançons, direction la maison. L’aube va bientôt se lever et je suis de mauvaise humeur. Il abandonne vite et fixe les étoiles alors qu’il marche. Il apprécie la clarté du ciel nocturne, et la beauté du paysage. Il n’est pas sorti de la maison depuis des lustres. « Vous n’êtes pas trop fâchée… ? »
Ca n’est pas grave. Mais je me tais. C’est à mon tour de faire la silencieuse. Bientôt nous entrons et je me mets au lit. Lui se contente du canapé, n’ayant pas envie de forcer sa place sur l’endroit qui lui était attitré. C’est la première journée que je passe ici. Il n’essaie pas d’ouvrir les volets, ni de me planter un pieu dans le cœur durant mon sommeil. Lorsque je me réveille, il fait nuit.
Tout est oublié, on discute. Il tente de se justifier ou d’expliquer ce qui s’est réellement passé. Je m’en fiche, je l’ai deviné. L’assurance rembourse les pertes en cas de vol perpétré par un esclave rebelle. Tout simplement.
Surement n’y a-t-il jamais eu de vol. Quant au viol du garçon… Je fixe l’Ocelot. Non, il n’a pas une tête à violer quelqu’un.
Cela explique la Milice, cela explique le marché. Il a eu la chance d’être arrivé en vie jusqu’ici. Je l’enlace. Il a ce moment d’hésitation, avant de me serrer lui aussi dans ses bras. Ce besoin d’affection ne pouvant être comblé, ce cliché si attrayant.

Je reste la nuit entière et lorsque l’aube se lève, je constate qu’il n’y a plus de nourriture pour lui. Prétextant qu’il a déjà brisé l’ordre de ne jamais sortir, je l’incite à aller au marché. Il est bien sûr réticent mais, prenant cela comme un caprice, j’ouvre la porte et le jette dehors. Désormais sous les rayons du soleil, il se fige. J’entends sa peau craquer et dans une vaine tentative pour se protéger de ces rayons, il place ses bras devant son visage. Une statue en face de moi.
Comment…
Me brûlant les bras, je ramène le désormais bloc de pierre à l’abri. En une vingtaine de secondes, il reprend une apparence normale, haletant. Il se dégage de mes bras et recule jusqu’à ce qu’il finisse par rencontrer un obstacle –en l’occurrence, le mur. Je referme la porte, interdite.

-Je… Je… Pardon ! Bredouille-t-il, paniqué. Je ne vous l’ai pas caché, hein ! Hein ? Je ne vous l’ai juste… pas dit ! Parce que… Car…

Okay. Donc j’ai acheté un hybride qui se change en caillou face à la lumière du soleil ? Etant donné l’importance que j’accorde à la chose, je suis plus choquée qu’attristée ou déçue. C’est… Marrant mais quoï ?
Je le laisse se confondre en propos incohérents. Il finira bien par trouver lui-même le chemin de son explication. Mais pour l’instant, j’ai dû mal à saisir… Alors c’est bien un hybride ? Ou autre chose ? Pitié, pas encore un gars qui viendrait de Rosaire ! …Ah. Mes bras brûlés me font souffrir.

Du coup, t’es quoi ?

-J’ai du sang de gargouille.

Ah. Ceci explique les crocs. Ceci explique l’allergie au soleil. Mais heu ? De gargouille ? C’est pas un Yōkai, ça, tu le sais ? C’est comme si je te disais que j’avais du sang de poney ! Enfin, techniquement, un hybride en posséderait mais j’ai jamais entendu parler d’hybrides gargouilles enfin quoi ?

« Oh. Okay. Bah c’est bien. »

Il ne comprend pas et je ne suis pas sûre de comprendre non plus.

« Du coup, tes Thompson, là, ils le savaient ? »

Il baisse la tête, ça veut dire oui. Allez, fait pas la gueule, je m’en balance de ça.

« Bref, du coup t’auras rien à manger avant la tombée de la nuit. C’est pas moi que ça gêne, ça. »

Une jolie petite chose avec un certain intérêt. Je l’aime bien. Je pourrais en faire quelque chose. Je me demande… Les gargouilles sont carnivores et c’est vrai que j’ai plutôt misé sur la viande pour le nourrir. Serait-ce un cannibale ? Aurait-il, quelque part, l’envie irrépressible de me dévorer ? L’idée me séduit. Je pourrais vraiment en faire quelque chose. Après tout, je n’ai plus personne pour me débarrasser des cadavres, maintenant que mes chiens sont morts.

« Soit fier de c’que t’es » ...Car ça me sera utile pour la suite.
Zune De Laudreuil
[ Voyageur ۩ ]
Age : 352

Feuille de personnage
Race: Vampire
Pouvoir: Télékinésie
Inventaire:
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(X) J'ai passé le temps (OS)

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